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Images
en bibliothèques - Liste de discussion
Question
:
Comment faut-il classer les DVD ?
Synthèse
des réponses.
Le
classement des dvd (en résumé : au
réalisateur ou au titre du film ?) n’est
pas une simple question technique.
Pourquoi constituer un fonds de dvd ?
Bien sûr,
parce que les films sont un support vivant et riche de
la création, au même titre que les romans.
Raison secondaire : nous aimerions penser que la présence
des dvd attirera un nouveau public, plus tourné vers
l’image et le son que vers le livre. Mais
les statistiques et les constats sociologiques sont têtus, ça
ne marche pas tout à fait comme ça, et
globalement, ce fonds profite d’abord à ceux
qui sont déjà emprunteurs de livres. S’il
faut donc trouver quelque chose d’autre
pour que ça marche. Tient, par exemple, classer
au titre pour que le « grand
public » un peu
bebête s’y retrouve plus facilement. C’est ça,
non ? Différence majeure avec le marché du
livre : si nous pouvons acquérir et mettre à disposition
des publics un roman dès
le jour de sa sortie en
librairie, il n’en est pas de même pour le
film : nous ne pouvons, pour des raisons juridiques et économiques
liées à l’industrie
du cinéma, rivaliser ni avec le marché du
film, ni avec les vidéos-clubs. Et des distributeurs
sont toujours libres de refuser de vendre les droits à nos
trop rares fournisseurs. Différence majeure avec
le marché des biens
culturels – livres ou films - nous n’achetons
pas tout ce qui est publié.
Pour des raisons de budget, et parce que nous opérons
une sélection analytique
et critique, dont nous avons à rendre compte aux
usagers.
Nous expliquons donc sans cesse à nos usagers
que nous ne sommes pas des vidéos-clubs, que nous
n’avons pas tout
parce que nos choix contraints et subis ne nous les permettent
pas, même si nous
le voudrions. Notre tendance, et le contenu des catalogues
qui nous sont accessibles,
font que nous tirons ces fonds dans une direction cinémathèque – disons
: cinémathèque contemporaine, tendance art et essai élargie,
cinéma d’auteur.
Et de ces choix contraints, nous devons faire un choix tout court. Alors pourquoi
vouloir dissimuler ces choix – et cette fonction essentielle de la bibliothèque – en
préférant un mode
de classement au titre du film, qui n’a que deux « avantages » :
il laisse supposer
que nous avons
la même politique qu’un point de location de vidéos, et nous
flattons le public qui, supposons-nous, ignore tout – ou veut ignorer – que
chaque
film a un auteur !
Trois conséquences :
1/ nous nous trompons de méthode marketing : en utilisant des méthodes
efficaces
dans le commerce, il ne doit pas s’agir d’entrer en concurrence directe
avec lui, mais au contraire de mieux « vendre » ce que nous faisons
bien ;
2/ nous méprisons le public auquel nous aimerions nous adresser ; comme
si les amateurs de cinéma américain, par exemple, n’allaient
pas voir un « Spielberg », un « Coppola » ou Sun « Woody
Allen ».
Imagine-t-on ce public courir d’une travée à l’autre
pour réunir les
Spielberg ? N’est-il pas plus difficile d’ailleurs de mémoriser
les titres nombreux d’un
seul auteur?
3/ nous dissimulons la politique documentaire que nous menons. Ce mode de classement,
s’il donne l’illusion d’un confort plus
grand pour l’usager, est donc à mon sens à la fois une erreur
marketing
et un désaveu de notre mission. Ou alors, il faut aller jusqu’au
bout : le livre « Germinal » étant, chacun sait cela, le synopsis
d’un film
avec Renaud, il faut classer ce roman au titre, à côté du
film classé dans
les « G » Tiens d’ailleurs, pourquoi pas le faire fréquemment,
en plus de la présence
du roman en fonds romans et en pochothèque, mais alors, à Berri
(Claude)
pour cet exemple !!!
Si nous désirons vraiment essayer d’attirer vers la médiathèque
un public nouveau, grâce au dvd, alors il faut faire connaître au « public
du dehors» le fait même qu’il peut y avoir des films dans une
bibliothèque,
et le mettre en valeur par des opérations « marketing » qui
en soient réellement: vitrines sur la rue, manifestations extérieures,
exploitations du fondspar des projections ciblées (mini festival Berri
ou Zola !), utilisation de la presse municipale, etc.
Jean-François Jacques
Secrétaire général du Conseil supérieur des bibliothèques
Devrions-nous monter un club de "ceux-qui-cotent-au-réalisateur" ?
Merci à Jean-François
Jacques de rappeler nos missions essentielles.
Jean-Luc du Val
Médiathèque de Lomme (59)
Si je suis fondamentalement d'accord avec Jean-François Jacques, il n'en
demeure pas moins que l'on peut faire quelques exceptions qui relèvent
du plus élémentaire bon sens. Par exemple, pour des séries
dont les éléments ont été réalisés
par des réalisateurs différents (Alien , Harry Potter, etc.), qu'il
me semble un peu difficile d'éclater. Et puis il y a toujours quelques
anonymes, bien sûr. Mais là, ce sont les règles traditionnelles
appliquées aux livres (entre autres) qui s'appliquent.
Pascal Wagner
Médiathèque de Saint Jean-de-Védas, Hérault
A la médiathèque de Melun, les films de fiction sont classés
par titres... Nous en avons longuement discuté lors de la constitution
de la collection avant d'opter pour cette solution.
Première raison de ce choix : une expérience de fonds vidéo
dans une autre médiathèque où le public boudait les rayonnages
(aux vidéos classées par réalisateurs) pour s'agglutiner
autour de listes de films par genres et par pays (classées par titres)
Seconde raison : le public qui aurait préféré un classement
plus "cinéphile" par réalisateurs n'aura aucun problème à consulter
le catalogue et à cliquer sur le nom d'un réalisateur pour connaître
la liste de ses films figurant à la médiathèque.
Enfin, des filmographies et des animations peuvent à tout moment compenser
ce choix. Je pense que les auteurs de romans sont assez connus de tous les publics
pour être retenus dans le choix de classement ; c'est hélas moins
le cas pour les réalisateurs de films, on le constate chaque jour (tout
en oeuvrant pour former et informer le public) ; nous avons alors d'autres moyens
de les faire connaître. Tout cela sans aucun mépris du public (ou
des publics) ni aucune volonté de marketing. Simplement pour que les emprunteurs
puissent s'approprier cette collection (qui mêle des films de tous les
continents et représentatifs de l'histoire du cinéma à des
films d'art et essai et à des films "grand public")
Anne Pambrun
Médiathèque Astrolabe, Melun
A Chambéry nous avons toujours pratiqué et défendu
le classement
des fictions au titre des films :
- la très grande majorité des recherches "spontanées" et
des demandes (y compris pour un public plus cinéphile) concerne un titre
précis; au nom de quoi ignorer cette demande majoritaire qui tout en simplifiant
les choses pour l'usager comme pour le bibliothécaire "de service" (pas
forcément connaisseur...) n'est en rien réductrice? A nous quand
c'est possible d'élargir le champ de la requête...
- le public dit cinéphile peut d'un simple clic (ou en interrogeant les
bibliothécaires) prendre connaissance du catalogue par réalisateur
(ou interprète, auteur de la musique...) et ne me semble donc en aucun
cas lésé...
Point de détail: par curiosité, où range-t-on dans un classement
par auteur les films dits "à sketches" co-signés par
plusieurs réalisateurs?
Par contre, je précise que nous avons toujours refusé le classement
des fictions de façon thématique, malgré un certain nombre
de demandes; refus généralement bien compris du public après
explication de nos raisons (classement souvent arbitraire, parfois bien difficile,
et surtout terriblement réducteur autant pour l'art cinématographique
que pour le spectateur...)
Ceci dit, et pour élargir le débat à des questions sans
doute plus fondamentales pour nous, il me semble malheureusement que s'affirme
dans de nombreuses bibliothèques et au travers de décisions "techniques" (contrats
de service et autres réorganisations du travail) une tendance risquant
d'aboutir au remplacement des vidéothèques de service public (avec
les missions et choix qui en découlent) par de simili vidéo-clubs
municipaux gratuits où les critères de bon fonctionnement deviennent
un certain type de "rentabilité" et le culte du chiffre et de
la performance (avec de même les choix qui en découlent logiquement).
Le sujet est vaste et l'exemple des vidéothèques n'est qu'un parmi
d'autres bien sûr, mais il pourrait bien être révélateur
de changements que nous ne pouvons ignorer et que nous avons certainement tout
intérêt à analyser.
Nous voilà loin du point de départ de la discussion, mais peut-être
pas tant que ça...
Hervé Curtenaz
médiathèque de Chambéry.
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